Les mots aux frontières de la scène

Les Intrépides
Par

Les Intrépides est une commande de textes courts à des autrices contemporaines, porté par la SACD, la SSA Suisse et la SACD Belgique. Depuis sept ans, ce dispositif contribue à mettre sur le devant de la scène l’écriture dramatique quasi absente des programmations. Au-delà de la question essentielle de la promotion, c’est également un outil d’accompagnement artistique puisqu’une des règles du jeu est d’amener les autrices à lire leur propre texte et ceux des autres devant le public. Une expérience collective qui permet bien souvent à l’artiste d’entrevoir de nouveaux horizons dans sa pratique d’écriture. Elles sont sept, accompagnées par la metteuse en scène Pascale Henry (elle aussi autrice) pour élaborer une mise en espace dynamique et cadrer ces pièces courtes en différents tableaux, comme une fresque. Elles sont également soutenues par la musique de Karoline Rose SUN, qui du jack de sa guitare électrique tire le fil du temps et dirige la cadence.

Comme seconde règle du jeu, il y a une thématique commune : la Frontière(s). Et ainsi se découvrent à nos oreilles les variations, les angles d’attaque diverses que ce chœur d’écrivaines de théâtre a concocté pour nous. On y explore notre relation aux frontières personnelles : celles de notre corps que l’on repousse, celle de nos représentations qu’il faut parfois déconstruire. Les frontières deviennent aussi des limites, celles que l’on se donne, qu’on nous impose et dont il est dur de s’affranchir, celles aussi pour lesquelles il faut combattre afin d’en obtenir le respect. Il y a bien sûr ces frontières nouvelles que ce temps de pandémie vient dresser devant nous, si difficile à respecter parce qu’elles nous semblent dénuées de sens. Il y a les frontières qu’on dépasse lors d’événements fondateurs et qui, comme un rituel initiatique, marquent le début d’une vie nouvelle. Enfin il y a la frontière entendue dans son sens littéral de démarcation géographique et qui brouille les notions de réel et d’imaginaire.

Il y a certes une prévalence pour le récit à la première personne comme c’est souvent le cas aujourd’hui dans les écritures contemporaines. Discours indirect libre. Le drame se fait désuet de nos jours. Mais même si les influences du roman se ressentent, il n’empêche que cela reste complètement du théâtre au sens où la parole ne peut acquérir la juste dimension que si elle nous parvient à travers un corps. Ce spectacle se situe lui aussi sur une frontière ténue. Un espace de liberté un metteur en scène et sa vision souvent autoritaire laisse aux mots la place qui leur revient.  Sans doute le meilleur format spectaculaire pour entendre la parole théâtrale qui s’invente aujourd’hui.

  • 82
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par