Je n’ai pas de nom

Tarkos foutraque

Par

je n'ai pas de nom

©-Comoriano

La poésie de Christophe Tarkos, lancinante, masticatoire et maïeutique, se prête particulièrement bien à sa récitation et sa mise en espace. Le travail de Soumette Ahmed, soutenu par le Centre de création artistique et culturel des Comores, donnait envie d’être découvert avec un mélange de curiosité et de bienveillance.

Le début du spectacle fait entendre les mots dans une ferveur réjouissante, alternance calculée de précipitation et de lenteur. Amateur ou non des textes de Tarkos, on ne peut qu’être séduit par la vitalité et le ludisme de Soumette, offrant son corps et sa voix à toutes les métamorphoses.

Mais « Je n’ai pas de nom » trouve vite ses limites. Tourbillonnant comme un cyclone juvénile, naïf et insoumis, le conteur s’épuise de saynète en saynète, d’objet en objet (balles de jonglage, papiers décrochés du plafond, toile blanche à tagger…) au cœur d’un dispositif aussi exubérant que foutraque.

L’ensemble repose sur une juxtaposition désorganisée d’extraits sonores (que vient faire là le « Papaoutai » de Stromae, rugissant soudain dans nos oreilles, et son invitation incompréhensible à franchir le quatrième mur ?), de gestes fragmentés et de grimaces expressives.

Problème typique d’un spectacle entièrement conçu par son comédien, certes dirigé dans le jeu par son partenaire Thomas Bréant, mais sans la distanciation nécessaire apportée par une véritable mise en scène, qui aurait dû être construite autour d’un projet plus cohérent et amenant réellement quelque part.

Mais parce qu’on ressent le besoin de soutenir tout à la fois la poésie régénératrice de Tarkos, l’enthousiasme solaire de Soumette et la francophonie, on restera sur l’envie de partager la contagion de bonne humeur et d’engagement de sa petite équipe. Défendons aujourd’hui « leur force vive et leur énergie fraîche » ! Le chantier reste ouvert… Espérons qu’il donne, à l’avenir, des fruits plus savoureux que ce spectacle en demi-teinte.

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