Voyage en absurdie

Si ça va, Bravo
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Si ça va Bravo

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Jean-Claude Grumberg est un poète. Il possède l’art des mots et des formules et un sens aigu de ce qui fait sens (ou pas). Ce ciselage de la langue et ces situations improbables entraînent le rire en cascade tout en ouvrant grande la possibilité d’une perception différente des situations quotidiennes.

« Si ça va, bravo » est un assemblage de scènes courtes, sans lien apparent. Ça se présente un peu comme un exercice de style (coucou Queneau !), plateau nu, le texte et les acteurs devant.

Accompagnés par Étienne Coquereau et Renaud Danner en grande forme (un peu Bouvard et Pécuchet version 2015), nous passons d’une situation à une autre à grande vitesse et nous sommes irrésistiblement entraînés avec eux dans cette folie douce. Au-delà du rire et de l’apparente absurdité, ils interrogent avec acuité les lieux communs de notre société et proposent des solutions concrètes : le tirage au sort comme ressort ultime de la démocratie ou la franchise lors des soirs de première.

Ce qui rend cette proposition vraiment intéressante, c’est qu’elle nous fait constater, un peu penauds, nos automatismes de communication formatée (« Ça va ? »). L’incompréhension et donc le quiproquo nourrissent l’épaisseur de ce texte ; le duo d’acteurs appuie avec délectation, grâce à un jeu au cordeau, sur le non-sens des formules prêtes à dire. On finit par se demander si, en effet, la solitude irréductible n’est pas une réalité ; peut-on vraiment échanger avec l’Autre ? Le temps d’une danse peut-être… Légèreté et densité main dans la main.

Montée au Lucernaire, cette mise en scène de Johanna Nizard a été proposée au théâtre des Carmes l’été dernier et revient cette année dans une version encore plus épurée (exit le décor) mais toujours aussi réjouissante.

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