Adolescence, terrain miné

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(c) Frantz Laimé

Une jeune fille, Lola, qui n’a pas donné signe de vie depuis des heures. Sa mère, follement inquiète, qui l’accueille, avec le soulagement que l’on devine, dès qu’elle finit par rentrer à la maison. Et la bombarde de questions sur son absence. La mère veut comprendre, mais la fille reste obstinément muette. Dehors, la ville gronde de dangers et de violences. Le chaos menace.

De ce face-à-face, qui se déroule sur un quadrilatère marqué au sol, façon ring de boxe, on retiendra le jeu de l’adolescente, très convaincante Pauline Masse, dont les mouvements du corps tiennent lieu de langage puissant. Tête basse, les mains dans les poches, ou bien assise et prostrée, mais aussi droite, le regard furieux ou au contraire attentif tandis que sa mère lui parle… Son monologue silencieux dit formidablement les tourments et les questions d’une adolescente que rien n’a préparée à affronter la brutalité du monde. Sa réplique finale, la seule qui sortira de sa bouche, portée comme en rêve, est un bijou d’onirisme et de pudeur, de candeur et de perplexité.

En face d’elle, la mère débite un texte plus convenu, souvent à la limite du cliché, où elle exprime ses difficultés à élever seule une enfant, et l’angoisse que celle-ci rate sa vie à cause d’elle. Elle dit aussi, maladroitement, la pression du succès professionnel qui s’exerce sur elle, et son sentiment d’impuissance, face à la maladie de sa propre mère. Tour à tour soucieuse, révoltée, sereine, exaspérée, provocatrice et cajoleuse, Marie-Laudes Emond décline un chapelet de sentiments compréhensibles mais pas toujours crédibles, car pas toujours exprimés avec à-propos. De cet affrontement, de cette « conversation » malaisée qui résume bien le défi que représente l’adolescence, tant pour les parents que pour les enfants, Gilles Martin tire un conte moderne à l’intention des adultes perplexes. Un regard cru sur un irréductible conflit de générations.

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