Cabaret électrique

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On avait découvert le Cirque Electrique à ses débuts, quand le petit chapiteau de cette famille déjantée était installé place de Stalingrad dans le 19e. Ce qui faisait le sel de cette troupe alors ? Le rock. Puissant et sincère. Présent autant dans les riffs des musiciens suspendus au-dessus de la piste, que dans les costumes et les numéros qui émaillaient l’histoire que nous racontait la troupe. Car il y avait une histoire, une dramaturgie inspirée par le légendaire « Sur la route » de Jack Kerouac. Et qui nous faisait vibrer du rythme de la Beat Generation.

Une bonne décennie plus tard, le cirque a bien grandi. Le chapiteau a triplé de volume, et est solidement amarré Porte des Lilas. Le rock est toujours là. Mais en apparence seulement. Et ce sens de la subversion et de la poésie qui nous avait ravi semble s’être noyé dans ce nouveau costume un peu trop grand. Il faut dire que la forme du cabaret n’appelle pas de dramaturgie autre que l’enchaînement de numéros qui porteraient en eux-mêmes l’inattendu. Mais on espérait que la troupe du Cirque Electrique aurait su se glisser dans les failles de cette tradition.

Certains numéros émoustillent, comme celui de Lalla Morte, femme fakir aux mille amants qui agrafe des billets de banque sur la peau de ses conquêtes et n’hésite pas à se lancer à corps perdu sur un tapis de tessons brûlants. On aurait pu frémir quand Tarzana se jette de son trapèze, mais on a déjà rencontré ces sensations dans des cirques classiques, et on ne lâche plus prise comme ça. La vérité ? La plupart du temps, on s’ennuie. Monsieur Loyal, alias Kiki Picasso, qui devrait être le porteur de sens de ce cabaret, a le discours fatigué. Les 7 minutes de libre parole données à un de ses amis sont trop expérimentales pour nous parler. Et de toutes façons, le public attend des performances plus classiques.

On avoue. Quand sonnent les trente minutes de pause nécessaire pour faire marcher la tireuse à bière, on fait un dernier tour de piste avant de prendre le chemin de la sortie.

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