Voyage initiatique pour princesse insomniaque

Aurore
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Aurore - Regarde il neige

A l’Essaïon, la Compagnie Regarde il neige revisite le conte de Charles Perrault “La Belle au bois dormant” avec Aurore, un spectacle musical très entraînant et plein d’humour qui peint avec délicatesse le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Pas facile de grandir avec le poids d’une malédiction, surtout quand elle est tenue secrète. La jeune Aurore doit subir la surprotection de ses parents : obligation de porter des gants blancs, interdiction d’approcher un objet coupant… sans aucune raison connue. Mais la veille de ses seize ans, c’est trop tentant, et en désobéissant, la princesse se pique avec l’épine d’une ronce, elle s’endort et le château s’endort aussi pour cent ans. Tout le monde connaît l’histoire, mais que se passerait-il si Aurore se réveillait le lendemain et devait se retrouver seule ?

C’est la proposition très juste que nous font Gaëlle Hispard et Mathieu Gerhardt, habitués à travailler avec la matière des contes (on se souvient du très agréable Ambroisie, fantaisie sur la destinée et le passage du conte oral à l’écrit). Ici les jeunes gens sont tributaires des méfaits de leurs parents. Que faire de cet héritage ? Comment obéir quand la règle repose sur un mensonge ou sur un tabou ? Aurore doit faire un choix entre vivre enfin sa vie comme elle l’entend, libérée de la protection étouffante de sa famille, ou se sacrifier pour réparer les erreurs de ses parents et sauver le royaume ; Rubus, lui, oscille entre continuer sa vie d’insouciance dans la forêt ou oser enfin défier sa mère et le temps pour sauver son amour. A chaque fois, c’est la prise de responsabilités et l’engagement envers les autres qui est en question. Devenir adulte c’est s’approprier les lois du monde pour pouvoir agir dessus.

Aurore porte ce voyage initiatique avec un dispositif multiple très habile et assez innovant. Des images animées soutiennent la voix d’une narratrice comme le feraient des ombres chinoises, mais avec les possibilités qu’offrent les outils numériques d’aujourd’hui. Le travail du son fait exister les différents espaces et temporalités dans ce tout petit théâtre qu’est la cave de l’Essaïon. Les chansons apportent du rythme et, dans la tradition du théâtre musical, donnent accès aux pensées et au ressenti des personnages. Enfin le texte est remarquable d’invention, d’humour et de jeux de langage, et les acteurs qui le portent sont tous très bons dans leur singularité, et très bien accordés ensemble. Un beau travail de troupe qui nous enchante et donne un relief plaisant au mythe de la princesse endormie.

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