La Mission, souvenir d'une révolution

Par ici, la bonne soupe !

Par

© Colin Dunlop

On était curieux de voir ce que Matthias Langhoff ferait, aujourd’hui, de son adaptation de « La Mission » de Heiner Müller, monté en 1989. Alors qu’on célébrait en grande pompe le bicentenaire de la Révolution, la pièce avait fait sensation par son pessimisme radical et l’exubérance noire de sa mise en scène. Inspiré d’une nouvelle d’Anna Seghers, « La Mission » évoque, sous une forme très personnelle, l’échec des révolutionnaires à abolir l’esclavage aux Antilles. C’est l’histoire des trahisons de la Révolution, de ses limites, de ses renoncements. Comment renouveler l’énonciation d’un spectacle créé il y a près de trente ans ? Langhoff s’est efforcé de l’actualiser en y invitant ses anciens élèves boliviens, en y intégrant des images des campements de migrants – qui, par une ironie cruelle de l’histoire, se sont installés au métro Stalingrad –, en y mêlant des archives personnelles. Plusieurs révolutions se chevauchent, et en cela l’écriture du spectacle est conforme au style particulier de l’écrivain est-allemand. Tout travaillé soit-il, le spectacle peine néanmoins à parler au public et donne surtout la sensation de l’exhibition d’une théâtralité vieillie. Les comédiens sortent des trappes d’un plancher ondulé et incliné, qui les contraint à des déplacements gauches et sonores. Ils s’agitent beaucoup, osent un blackface, mais l’impression reste qu’on joue entre soi. Le contact avec le public ne s’établit finalement qu’à la toute fin, lorsqu’ils lui proposent de partager la soupe préparée durant le spectacle. L’histoire ne repasse pas les plats et la soupe de Langhoff, sans être tout à fait indigeste, est un peu tiède…

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