Table Top Shakespeare

Shakespeare, la salière et moi

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Avec « Complete Works : Table Top Shakespeare », la compagnie anglaise Forced Entertainment, créée par Tim Etchells au milieu des années 80, s’attaque au monument des monuments avec un spectacle qui est loin de se réduire à son tour de force. Le principe : résumer chacune des 36 pièces de Shakespeare sans autre dispositif qu’une table et des objets du quotidien, manipulés par le conteur, pour incarner les personnages.

Ici, nous aurons assisté à un condensé des « Deux gentilshommes de Vérone », narré par Nikki Hobday, avec des canettes de bière en guise de Valentin et Proteus, et le chien Crab en râpe à fromage… Il est nécessaire d’avoir assisté aux quarante-cinq minutes d’une représentation pour reconnaître, derrière le minimalisme absurde du procédé, toute la portée de ce projet intrigant. Sans comédiens, sans texte du corpus, sans scénographie autre que la manipulation de ces objets un peu ridicules, l’attention du spectateur se concentre entièrement sur le déroulement de l’action et les enjeux dramaturgiques. Les objets sont bien entendu des éléments burlesques en soi – un peu comme dans le désormais culte « Store Wars » qui, sur Youtube, reprend l’intrigue de « Star Wars » avec des légumes…

Mais les objets deviennent aussi des points de fixation qui permettent de mieux saisir les interactions entre les personnages. Un peu comme ces techniques de mémorisation faisant appel à une visualisation spatialisée et symbolique des souvenirs. Pour qui ne connaît pas la pièce racontée devant lui, « Table Top Shakespeare » sera l’opportunité d’une session à vertu pédagogique ; pour tous les autres, ce pourra être un exercice poétique et ludique visant à surimposer à ces ossatures shakespeariennes la mémoire de comédiens ou de mises en scène déjà connus. Ou peut-être, plus simplement, se laisser embarquer par les péripéties amoureuses de la salière et de la poivrière.

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