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Comment se lier et se relier et non plus seulement se « connecter » les uns aux autres ? Par delà le paradigme techniciste, la Grecque Tzeni Argyriou explore les possibilités d’assemblages de sept interprètes, épousant leurs zigzags, leurs parallélismes et croisements, pour y déceler les invisibles fils tricotant la composition d’un groupe. En un somptueux premier tableau, ambiance cuir crépusculaire, les danseurs apparaissent en ligne, tels des statuettes martiales dont la proximité ne saurait toutefois dissoudre l’individualité propre à chacun : des cheveux qui recouvrent spécifiquement un visage, une forme incomparable de bras tendus, des joues extraordinairement creusées. Sans se confondre, pourtant, ils se ressemblent. Les rencontres s’effectuent par le corps, grâce aux forces de propulsion de ce dernier. Rondes et lignes, gestes simples, tantôt erratiques, grégaires, folkloriques : tout est prétexte à se croiser. Étrangement couvrantes, leurs tenues suggèrent le besoin de se protéger de quelque chose. De l’autre ? Du risque de s’y perdre ? Savoir que ce spectacle provient d’un pays balafré par la crise exacerbe la question du lien, amplifiant l’émotion. Dans les derniers instants, un sublime chant traditionnel émane de la voix d’un des danseurs, suggérant peut-être la possibilité, après les corps, de la parole. Et dépose sur ce spectacle le sentiment du sacré.

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