Andante

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Entre bonds et rebonds, le public parisien avait découvert en 2017 aux Abbesses l’énergie folle du duo Igor et Moreno qui dans « Idiot-syncrasy »soulevaient en sautant des aspirations utopistes : un désir de changer le monde par l’idiotie, laquelle réfléchit, en tous sens, le réel si l’on s’accorde avec Clément Rosset. Ce retour est celui de l’affirmation d’une mythologie qui se construit et s’élabore depuis trois spectacles déjà, et avec, ses désirs de récit. Point de surprise à priori, on retrouve le vocable du temps jadis : la venue des danseurs dans la salle, dès les premiers instants du spectacle, porte ce désir de nouer un lien avec le public, affirmant cette rencontre comme un événement amoureux et charnel. « Andante » réitère des modes opératoires déjà à l’œuvre dans le passé mais les propulse dans un monde plus éthéré et hallucinant. Revient ce passage nuancé des mouvements linéaires aux circonvolutions agitées et par là-même la réapparition de chorégraphies empruntées aux danses traditionnelles découlant d’une révision des pouvoirs de la marche. La force centrifuge est à l’œuvre mais elle est moins vivace qu’autrefois. Alors que l’on perçoit avec évidence l’envie de proposer un spectacle plus méditatif, les outils du discours chorégraphique appesantissent l’envolée. Les poncifs chorégraphiques contemporains dérobent la destinée de l’œuvre, la veine mythique qui se dessine à certains instants dans un paysage brumeux, digne du mont Hélicon où dansent nos muses, éclate et s’ouvre, la machine à fumée est un engin dispensable pour des auteurs qui veulent dire l’enlèvement, l’autre histoire mythique d’un continent appelé Europe. Laissé à nous-même sans saluts ni applaudissements – nous ne révélerons pas la fin inachevée de l’œuvre – , l’on demande le fin mot de l’histoire, non pour répondre à notre désir de sens mais pour ne pas avoir à être le bouffon d’un jeu de dupes.

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