Dites-le en une phrase

Portray
Par

© Daniel Salib

Magistral tour de force de Shaymaa Shoukry, qui œuvre à l’émancipation d’un corps exulté (Noura Seif) au travers de motifs habilement mêlés entre différence et répétition ; d’un cheminement chorégraphique réfléchi depuis la plus minime agitation – à l’image d’un danseur qui, régi par la détente que commande le corps encore froid et imparfait surgissant à la scène, échaufferait affectueusement son outil de chair en se soumettant à ce qu’il ordonne (recherche de la gravité, mouvements hyperboliques, exploration musculaire) – pour se diriger avec une intelligence remarquable dans l’« état de danse », c’est-à-dire une mise en alerte encouragée par lecrescendo live de Mohamed Shafik – lorsque les muscles se bandent peu à peu (« devenant ce qu’ils sont », dirait la vulgate) et, par un subtil réchauffement lumineux, installant leur chair de plus en plus au fond du temps, ne charrient, en fait, rien d’autre que leur plaisir d’être (voir les cinq dernières minutes explosives), la danseuse ingambe jouissant elle-même d’avoir accompli le trajet chorégraphique tel un parcours du combattant vers la liberté ; ou comment le corps aboutit à un état de grâce en une seule et même phrase où le souffle haletant se cherche autant qu’il s’invente… Rêvait-on de se prêter à l’exercice de style ?

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