Revue de songes

Les Électronucléistes
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Trois auteurs (Emmanuelle Destremau, Samuel Gallet, Fabrice Melquiot) et un musicien (Éric Linder aka Polar) composent une revue de songes à partir des actualités du jour. Piochant au hasard de la presse (les papiers du matin sont étendus sur le plateau), ils effeuillent les news les plus inspirantes pour écrire tôt, inventant une courte répétition l’après-midi avant de présenter un one-shot rhapsodique qui se fait l’écho en 3D d’un univers de papier. Structurant l’écriture en plusieurs catégories – citations, « check news » avec ses titres d’article improbables, chansons et poèmes –, ils exhument un vrai talent de montage qui se déploie en regard des scènes les plus ciselées dramatiquement ; c’est-à-dire lorsqu’ils sont à la fois monteurs et réalisateurs de leur aventure textuelle (en plus d’être déjà performers et musiciens). Ainsi d’une rencontre juillettiste entre un allergique aux crustacés, un footballeur qui marque contre son camp et une ado nattée et écolo, enfermés dans un taxi du Caire fonçant anywhere out of this world, pour reprendre les termes de la bande de compilateurs compulsifs. Le groupe est peut-être encore plus percutant politiquement, puisqu’il met en lumière la figure de l’auteur, à la fois en dévoilant son corps physique à l’épreuve de sa propre dramaturgie (ce qui est loin d’être évident) et en insistant sur le telos poétique du processus de création. Peu importe si le résultat est inégal au bout du compte : l’endroit de parole, modeste et courageux (notamment pour le directeur Melquiot), participe sans aucun doute à la résistance des auteurs face à la précarisation d’un métier central, non seulement du théâtre, mais également de la scène.

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