Macbeth Philosophe

© Christophe Reynaud de Lage

Pour son travail avec les détenus du Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet, Olivier Py, assisté d’Enzo Verdet, a depuis deux ans choisi Shakespeare comme matériau textuel privilégié. Certainement pour la grande portée de ses pièces et des thèmes qu’il aborde, qui malgré une complexité poétique peut résonner en tout un chacun. Cette année, le montage réalisé à partir « Macbeth » résonne à nouveau de manière toute particulière dans la bouche des détenus, comédiens par intermittence. Est-ce le texte, est-ce la direction d’acteur derrière laquelle on sent un véritable travail de longue haleine de la part de personnes qui sont initialement bien loin du théâtre ? Toujours est-il que ce « Macbeth philosophe » apparaît comme un beau moment de théâtre dans une scénographie dépouillée. Cette réduction à l’essentiel qui s’explique par les conditions de répétition – le sens de créer des décors faramineux en prison aurait peut-être été déplacé – apparaît comme salutaire, nous faisant renouer avec les pouvoirs du théâtre lorsque celui-ci s’exprime ailleurs que dans les formes et circuits traditionnels.

Tout semble ramené à un premier degré que nous prenons de plein fouet, comme s’il était question ici de la véritable nécessité théâtrale : celle de jouer et d’entendre des mots, de mettre un costume, de pouvoir, pour un moment, être un autre, celle du plaisir aussi. Alors, les mots célèbres de Macbeth relatant cette histoire « pleine de bruit et fureur, qui ne signifie rien » proférés avec force par le détenu incarnant le héros tragique, ces mots qui nous sont bien connus, nous saisissent avec une vérité nouvelle. Tous les détenus en scène nous apportent ainsi une parole brute, comme si le texte de Shakespeare avait été abordé sans cérémonie – et cela dans le bon sens du terme. La langue shakespearienne y est prise à bras le corps et délivrée de son aura culturelle : elle est, tout simplement, existant comme une pierre non taillée, qui nous est offerte comme une balle de ping pong qu’il faudrait attraper au vol. Et lorsqu’on l’attrape, alors on retrouve quelque chose qu’on avait oublié de la parole théâtrale.

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