© Kana Kondo

Soit un duo entre deux iconoclastes du flamenco — le chorégraphe et danseur Israel Galván d’un côté, le chanteur Niño de Elche de l’autre — pour leur deuxième collaboration. Mais contrairement à « La Fiesta », spectacle accueilli dans la Cour d’Honneur en 2017, « Mellizo Doble », quant à lui crée à Tokyo en 2019, est résolument intimiste : explorant tous deux les diverses formes musicales de l’art qu’ils s’occupent à enrichir depuis des dizaines d’années, l’un comme l’autre performent leur domaine sans aucun artifice… À l’exception d’une succincte scénographie : des surfaces de factures diverses (bois, métal, minerai) dont les formes (disques, plateaux, boîtes) accueillent les sémillantes chorégraphies d’Israel Galván. De sorte que le spectacle avance par un double changement de morceaux : de matières, de musiques. La lumière accompagne joliment le brouillage entre les genres (musical, chorégraphique, théâtral parfois) en ébauchant le mouvement ternaire de « Mellizo Doble » : plein-feux qui confronte le public en salle allumée ; atmosphère un rien ténébreuse ; célébration bariolée aux couleurs de l’Espagne. L’ensemble rappelle un découpage concertiste : d’aucuns se fendent d’un applaudissement à chaque transition ; le duo préfère une pause (musicale) à l’entr’acte (théâtral).

Certes, les deux artistes — en maîtrise idéale de leur art — illuminent leur rencontre, souvent symbiotique, lorsque la parade dansée de Galván (un assemblage entre burlesque et sacré dont la tradition flamenca a le secret) rejoint les notes perchées de Niño de Elche. Cependant, le dispositif s’essouffle peu à peu dans la répétition : en cherchant à renouer avec les racines de leur art de cœur, la proposition du duo ne repose, en fait, que sur la seule présence desdits artistes, délestée de toute idée dramaturgique. De sorte que les les éléments scéniques (surfaces, lumières), d’abord assez judicieux, ont de plus en plus l’air d’empêcher le désir d’épuration totale par le chant et la danse. Car les deux corps, eux seuls, portent le telos du spectacle en eux : le reste n’est que maquillage. Si l’on ne peut que louer cette radicalité, « Mellizo Doble » reste malgré tout empêché par son absence d’innovation scénique (pourtant chère à Galván) : la prestation, même grandiose, ne suffit jamais.

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