Entretien avec Lucinda Childs

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Nos entretiens commençant par un cadeau, on offre à Lucinda Childs « Divers », le nouvel album de Joanna Newsom, harpiste aux chansons épiques et aux textes flamboyants. C’est sur la place dans son travail de la parole, très fréquente à ses débuts, quasi absente ensuite, que débute la discussion. Lucinda Childs acquiesce, revient sur de fortes exceptions : « Description (of a description) », cette pièce de 2000 sur un texte de Susan Sontag, qu’elle reprendra bientôt à Paris ; et surtout le plaisir qu’elle eut à jouer pour Robert Wilson le « Quartett » de Heiner Müller, ou « La Maladie de la mort », de Marguerite Duras. Ce que ses spectacles, muets ou non, reflètent d’elle-même ou de ses références, elle ne tient guère à le savoir : « On ne peut pas mettre dans les mots ce qui se passe dans le ballet. »

Tandis qu’on parle avec Lucinda Childs (il faut s’arrêter sur ce prénom, Lucinda, le plaisir qu’il y a à le prononcer) ne cessent de surgir, par surprise, des figures aimées – citons Chantal Akerman, dont elle qualifie le « Jeanne Dielman » de « super super », ou Delphine Seyrig, qu’elle vit sur scène lors de sa première venue à Paris (son sourire est alors d’une émouvante modestie) ; Marguerite Duras, qui voulait écouter sa voix et son français avant qu’elle ne joue son texte, ou William Forsythe, qu’elle cite immédiatement lorsqu’on l’interroge sur ses pairs.

Depuis six ans, Childs s’est investie dans la réactivation d’un passé : les re-créations d’« Einstein… », « Dance » et « Available Light » ; la préparation d’une exposition de ses partitions et croquis à la galerie Thaddaeus Ropac, qu’elle rendra accessibles ensuite via le CND. Pour les prochaines créations, elle approuve, avec malice : l’énergie et l’envie sont là. Il y aura une courte pièce avec le saxophoniste Colin Stetson, et surtout ce nouveau projet avec Philip Glass et le plasticien James Turrell, qui sera prêt pour 2017. Il y a ces jeunes chorégraphes qu’elle rencontre lors de workshops, ces compositeurs qu’elle recherche dans de nouveaux lieux à Brooklyn. « J’aime beaucoup jouer avec les options », expliquait-elle plus tôt tandis qu’on évoquait son processus de création. Il est réjouissant que les options soient toujours légion.

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