© Eric Didym

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Ce samedi 23 avril, au Théâtre de la Manufacture, tout à commencé par une alarme. À peine débutée la représentation de The Events, création maison pour le festival RING 2016, la sirène d’incendie du théâtre a retenti, laissant les spectateurs incrédules. On a d’abord cru à un élément de mise en scène, jusqu’à ce que l’administrateur du théâtre nous demande de ne pas paniquer, nous annonce qu’il s’agit d’une fausse alerte, et que la représentation allait reprendre comme convenu. Étrange hasard, et introduction on ne peut plus à propos pour cette pièce dont le thème est précisément l’intrusion d’une catastrophe, et les questions qui sont laissées à ceux qui y survivent.

Continuer à croire

Ce n’est cependant pas d’un incendie qu’il s’agit dans The Events, mais plutôt d’une fusillade, qui aurait eu lieu quelques temps plus tôt dans les locaux de la chorale que constitue, le temps de la représentation, l’espace du théâtre. Claire (Romane Bohringer), une des rares survivantes, a décidé de rouvrir sa chorale, d’essayer d’aller de l’avant, de continuer à vivre. Tâche qui ne s’avère pas si simple, hantée qu’elle est par la figure du jeune garçon qui a abattu ses camarades devant ses yeux (Antoine Reinartz).

Le texte de David Greig — qui connaît là ses premières représentations en français depuis sa création originale en 2013 et après un franc succès outre-manche — est né du choc ressenti par le dramaturge face au massacre d’Utøya, en juillet 2011, mais reste heureusement loin de se limiter à une chronique de fait divers. Ici, l’intérêt est porté sur la question fondamentale qui se pose à ceux qui restent, à savoir celle de la foi, pas uniquement en un dieu quelconque, mais en la vie et en l’homme, et à notre capacité à vivre face à l’absurdité de la violence et de la mort. Plutôt que nous infliger des hypothèses psychologiques ou sociétales stériles, David Greig préfère explorer la fébrilité d’une femme prisonnière de son besoin d’expliquer l’inexplicable au point de s’aliéner totalement ceux qui l’entourent. Comme une tragédie moderne, la pièce doit être accompagnée chaque soir par une chorale, présente sur le plateau tout au long de la représentation tel un choeur antique, et qui devient le témoin, en même temps que les spectateurs, des errements de Claire qui, d’interlocuteur en interlocuteur, ne cesse en fait jamais de parler à son bourreau.

Irrégularités de tempo

Cependant la mise en scène de Ramin Gray — déjà auteur de la version anglaise —, si elle s’appuie bien sur l’ingénieuse dramaturgie du texte, pèche malheureusement ici par un manque de rythme qui empêche bien souvent la tension de s’installer. Lors de cette représentation (certes perturbée par les éléments extérieurs), on avait parfois le sentiment d’être face à une machinerie grippée, qui manquait tantôt de fluidité, tantôt de précision, nous privant de nous laisser totalement emporter par ces personnages qui semblaient trop souvent hors d’eux-même — même la belle prestation du jeune Antoine Reinartz, étonnant de facilité, ne permettait pas toujours de revenir dans le présent de l’action.

Il est évidemment probable que certaines imprécisions soient dues au fait que le spectacle connaisse là ses toutes premières représentations, et que l’ensemble se resserre au cours de la tournée qui s’annonce. C’est bien la seule chose qui manque à ce The Events pour déployer pleinement son beau potentiel.

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