© Marie Pétry

Comment est né le désir de ce spectacle ?

Quentin Bardou : C’est un spectacle de troupe. Au départ, Jeanne Bonenfant et moi avions envie de travailler ensemble. C’est arrivé de façon fortuite, on parlait de Dalida, celle-ci nous a intéressée. Sa musique a entraîné l’écriture de la pièce sans en être toutefois à l’origine. Mes volontés de mises en scènes sont toujours liées à des textes : il y avait une commande d’écriture, Théophile Dubus avait envie d’un os à ronger. Il fallait que ça parle d’amour, de mort, de difficultés à vivre. Que fait-on quand on n’arrive pas à vivre ? Ça parle de l’amour impossible, complexe parce que possiblement moralement répréhensible. Comment fait-on quand on aime une personne qu’on n’a pas le droit d’aimer ? Ce ne sont pas des thématiques rigolotes. Je ne sais pas si à la fin ça fait une comédie.

Cette panthère, qu’est-ce que c’est ?

Quentin Bardou : Une des fortes sources d’inspirations, c’est une nouvelle d’Henry James, « La bête dans la jungle ». Elle parle d’un homme qui est sûr d’avoir un destin, un but à sa vie. La panthère c’est cette révélation à venir sous forme concrète, cette apparition du destin mise en chair. Ce destin comme une bête qui rode et nous observe depuis un espace sombre, et qui va nous bondir dessus. J’ai été inspiré par un tableau du Douanier Rousseau, « Le rêve », dans lequel il y a la présence mystérieuse d’un homme noir qui joue de la flûte dans un coin. L’image du spectacle, c’était ça.

Il y a de nombreuses références dans le spectacle. Lesquelles ?

Quentin Bardou : Sur un plan esthétique, David Lynch et « Sunset Boulevard » m’ont aiguillé. La dimension de conte a motivé beaucoup de questions. Il fallait faire un espace à la fois concret et onirique.

Quelle est la fonction de ce personnage étrange, narrateur omniscient en veste à paillettes ?

Quentin Bardou : Il est là et pas là, c’est un narrateur, il fait partie prenante de l’histoire sans être actif, je voulais le garder flottant. Ça m’amusait de me dire que les morts pouvaient avoir une vie.  Ce narrateur dit, à un moment : « C’était tellement fou cette chimère nouvelle que ça valait la peine » : comment la destruction totale, l’explosion d’un zoo, la charogne peuvent-elle fasciner, et dans la même perspective, comment peut-on tomber amoureux de quelque chose de monstrueux ? Comme, à sa façon, le scout avec la borgne. Je voulais laisser la question aux gens, d’être à la fois dérangés mais aussi émerveillé par la possibilité de cet amour-là. Si ça peut questionner sur ses propres rapports amoureux c’est déjà bien.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par