Brú Na Bóinne

Fi de la Guiness et de la pêche au brochet ! Quoi de plus fou pour célébrer Halloween, loin du marketing cucurbitin, que d’aller directement à la rencontre des esprits qui instiguèrent ces célébrations, sur un fleuve aux jalons verdoyants. La vallée de la Boyne regorge de surprises et de fantômes lumineux, et abrite l’un des joyaux de l’histoire irlandaise, à la croisée des invasions. Suivre les sinuosités du fleuve, en découvrant les splendeurs naturelles et patrimoniales qu’elles recèlent, c’est un peu traverser le Styx, un monde de fantômes et d’esprits hérités de la mythologie celte. Et l’on sait que des esprits aux spiritueux, il n’y a qu’une gorgée que l’on s’empresse de déguster dans les distilleries qui jalonnent la région (du « Listoke » Gin au « Slane » whisky).

Longer la vallée de la Boyne, c’est remonter le temps pour revenir au berceau de l’Humanité, jusqu’aux tombes néolithiques de Brú Na Bóinne, majestueux édifice de pierre mégalithe qui s’érige sur un horizon de monticules verdoyants, où le peuple dru des herbes s’étale à perte de vue en un camaïeu d’absinthe aveuglant. On se laisse éblouir par la précision architecturale et les mystères astronomiques de ce bijou de la préhistoire, dont la chambre funéraire s’éclaire comme par magie tous les 21 décembre sous les rayons du solstice d’hiver.

Longer la vallée de la Boyne, c’est aussi traverser un site mythique de l’histoire irlandaise et s’asseoir à la table des rois, dans les vestiges des forteresses anglo-normandes. C’est découvrir les pierres tapissées de mousse du château de Trim, dont les murs d’enceinte sont si bien préservés, que Mel Gibson en fit le décor du film « Braveheart » (dont l’action se situe pourtant… en Ecosse). C’est aussi participer au « Puca Festival » et à sa procession nocturne du 31 octobre, où tous les habitants grimés en figures d’outre tombe se lancent dans une équipée carnavalesque à travers les rues de la ville, pour mieux invoquer les morts et les accompagner dans l’au-delà. C’est trinquer avec les fantômes des dieux celtes, les fameux pucas, créatures surnaturelles des contes et légendes irlandais, qui viennent perturber les dîners et réveiller les vivants.

Longer la vallée de Boyne, c’est enfin découvrir un autre versant légendaire de la culture irlandaise : celui du rock and roll ! Au Château de Slane, demeure du marquis de Conyngham (où le roi George IV venait en son temps profiter des douceurs de la châtelaine), on se réchauffe aux vapeurs de la distillerie. On s’assoit, un whisky à la main, à la table du « Gandon Room Restaurant », auprès des fantômes de Freddy Mercury et David Bowie, avant de traverser les appartements où Bono et U2 enregistrèrent leur quatrième album en 1984. Depuis le début des années 1980, Slane Castle est devenu le lieu de concerts mythiques, où plus de 80 000 spectateurs piétinent les graminées du château, comme pour ressusciter les milliers de morts de la bataille de Boyne, qui eut lieu quelques kilomètres plus loin en 1690.

Voilà à quoi ressemble un voyage dans l’Ancient East Irlandais et sa vallée de la Boyne. Une vallée de la petite mort, au sens le plus délicieux du terme.

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