La bonne nouvelle

Par Marie Sorbier

C’est avec encore plein d’encre sur les doigts et de cernes sous les yeux qu’il faut déjà penser à l’après.

crowd-fundingLa bulle d’Avignon existe et résiste encore un peu, mais l’automne est proche et de nouveaux festivals nous invitent. Aviez-vous remarqué le pluriel dans notre intitulé ? « La gazette éphémère des festivals ». Avignon est un point de départ.

Oui, voilà la nouvelle qui nous rend joyeux au milieu des affiches et des acteurs fatigués.

Oui, voilà la nouvelle qui confirme cette folie et cette inconscience qui nous animent depuis plusieurs mois. Festival d’Automne, nous voilà !

Vous en dire plus ? Pas si facile, sans snobisme ni effet, le mois de septembre n’est pas encore tout à fait prêt… I/O sera hebdomadaire, s’épaissira un peu et accompagnera vos aventures artistiques en région parisienne jusqu’à la nouvelle année. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

Des rumeurs persistantes nous ont acoquinés au IN ou vendus au OFF, mais la liberté de corps et d’esprit reste notre bien le plus précieux. Liberté de structure, aussi : I/O n’a reçu pour le moment aucune aide financière publique (les encouragements de Mme la ministre ont été cependant un élément déclencheur) et existe grâce aux partenariats d’entreprises ou d’institutions. Pas d’argent non plus pour aucun d’entre nous, bénévoles nous sommes, nous nourrissant de chaleur et de scènes. Avignon était notre laboratoire. Savoir si cette expérience avait du sens et la force de se créer une place au soleil. Le résultat est sans appel, et vos très nombreux témoignages juillettistes nous engagent à tracer la route.

L’an prochain à Avignon, nous y serons. Mais nous allons aussi parcourir les festivals de spectacles vivants de France et de Navarre. I/O fait des petits, mais les anciens veillent au grain. Nous tenons à l’exigence (toujours à améliorer), à l’élégance, à l’indépendance et aux multiples points de vue ; « Nous ne céderons pas aux choix d’œuvres faciles », nous résisterons aux sirènes pour nous assurer que, dès que vous aurez un I/O dans la main, à Paris, en Bretagne, à Lisbonne ou sur l’île de La Réunion, vous puissiez retrouver le même élan et la même envie de débattre.

Nous nous lançons donc à la recherche de mécènes et d’investisseurs qui soient prêts à s’engager à nous faire grandir sans tuteur mais avec bienveillance. À bon entendeur…

Nous proposons aussi à ceux qui nous ont suivis de loin ou qui ont envie de soutenir l’initiative de près de recevoir chez eux les vingt numéros d’I/O, Avignon 2015.

Je ne peux clôturer cette saison 1 sans citer mon père spirituel, Romeo Castellucci, qui comme toujours vise au plus juste, droit dans l’essence des choses. Effectivement, rien de tout cela n’est vrai.

« J’ai un sentiment d’échec. La seule chose dont je sois sûr, c’est que, au théâtre, on n’a pas le droit de montrer la réalité. La vraie violence, le vrai sang. Au théâtre, l’interdit, c’est la réalité. Je ne crois pas au théâtre-vérité. Au théâtre, tout doit être faux. Le théâtre, c’est la pure fiction, l’impossible conjonction de l’espace et du temps, l’ailleurs. Car seul le faux permet le travail de l’intelligence, fait que le spectateur n’est pas l’otage de ce qu’il voit. Vous connaissez le fameux paradoxe des sophistes grecs : celui qui est trompé connaît mieux la vérité que celui qui ne l’est pas… La vérité fige, empêche le sens de rayonner, enferme dans la mort. »