Pourquoi Viripaev ?

Par Yann Métivier

@Sidonie Deschamps

« Genèse no 2 » est le deuxième texte d’Ivan Viripaev qu’on monte. On l’adore. C’est très certainement un des (premiers) grands dramaturges du xxie. Ivan Viripaev est russe. Athée. Et obsédé par l’idée de Dieu. Il y a dans son écriture un truc d’ascète, comme complètement dépouillé. Et en même temps hyper généreux. Surtout : incroyablement ambitieux. Volontiers métaphysique.

Viripaev s’attaque aux grandes interrogations humaines. Des questions existentielles, qu’il jette sur la glace mince de fictions fragiles. Quand la glace cède, que la fiction craque, la question est piégée. Ces ruses géniales lui permettent de parler des sujets les plus ardus du monde avec des mots relativement simples (j’ai envie de dire 🙂 lumineux. J’ai l’impression en écrivant tout ça de parler de Beckett. Mais effectivement, il y a quelque chose. Dans l’ambition des thèmes. Et dans la manière presque frontale de les aborder. Chacune des pièces de Viripaev propose un (je ne trouve pas de meilleur mot) dispositif dramaturgique. C’est-à-dire qu’il met en scène sa propre façon de raconter. Et ses dispositifs, ses pièges, sont radicaux, souvent très originaux, et toujours efficaces. Le théâtre de Viripaev traque, par la marge et le minoritaire, un pouls invisible des choses. Comme dans un grand collisionneur, ses personnages sont poussés par des intuitions irréductibles et inconciliables. Ils se jettent tête la première contre la réalité. De ces chocs, Viripaev tire des photogrammes. De saisissantes synthèses de son époque, très loin des tics et lieux communs de l’actualité. Il cherche à dire l’essentiel. Nous pousse à redéfinir ce qui nous importe. Dans notre si riche époque, très trouble mais aussi très excitante.

Je crois que c’est ça qui nous ramène à l’écriture de Viripaev. C’est de ça qu’il témoigne. En ça que son théâtre est véritablement une proposition actuelle et importante. Son écriture est saturée de cette nécessité à nouveau pressante : s’étonner, inspirer, réanimer, donner de l’importance.