4.48 Psychosis

4.48 Psychosis

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Il n’y a pas d’exercice plus difficile au théâtre que la représentation de la folie. De figurer cette déperdition de soi, ce désaccord avec le réel qui pousse à s’extraire du monde, quitte à en disparaître. Le monologue « 4.48 Psychosis », dernière œuvre de Sarah Kane, est cette tentative sublime et déchirante de dire la défaillance du sujet. Sarah Kane, figure de proue du théâtre « In-Yer-Face » (littéralement « dans ta gueule ») dans les années 1990, n’y survivra pas et mettra fin à ses jours en 1999, à l’âge de vingt-huit ans. Christian Benedetti choisit de s’emparer du phrasé saccadé de Kane par un exceptionnel travail sur le silence et l’immobilité. Mutisme absolu de l’impeccable comédienne Hélène Viviès, qui accepte de laisser peser sur ses épaules de longues minutes de vide au début de la représentation. Durant l’heure et quart qui suit, Hélène Viviès ne bougera pas ou presque, laissant son corps fixe être traversé par la souffrance d’une femme qui se refusait à vivre l’aube rouge du xxie siècle.

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