Angels in America

© Marjolaine Moulin

Quatre heures tour à tour froides, chaudes, puis glaciales, le « Angels in America » d’Aurélie Van Den Daele trouble la température du Monfort. Aux lumières froides des néons répond l’atmosphère chaude et généreuse du plateau, aux destins tragiques sourit le jeu burlesque d’Ali Mehelleb haut en couleurs ; la mise en scène est ainsi faite d’oscillations vibrantes qui rendent convaincante la transposition au théâtre d’une esthétique série télévisée. Une justesse scénographique qui sait également exploiter les enjeux métaphysiques de l’œuvre de Kushner. Œuvre dans laquelle les malades du sida sont des fils prodigues se substituant, dans un jeu de miroir cinglant, aux Pères Fondateurs des Etats-Unis. Cette perspective eschatologique est soulignée avec brio dans de grandes scènes éthérées où des corps graciles font descendre les anges sur scène ; l’esthétique vaporeuse et onirique enlève et soulève. Autre trouvaille marquante : ce caisson vitré, focale sur des saynètes poignantes, à la fois caisse de résonance et chambre noire, cellule par laquelle réfléchir notre monde.

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