Salir

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Un malaise habite cet énigmatique spectacle : « Salir », titre à double sens, parle de ce qui macule un être, le heurte, et de ce qui permet de « sortir » de cette blessure. Elles sont deux danseuses, énergiques et têtues, à la complicité intrigante parce qu’ambiguë, réunies par leur statut commun – celui de jeune femme, et comme telle, de proie potentielle des hommes. Se quittant rarement du regard, elles se cherchent, rivalisent parfois, le plus souvent se rattrapent, s’évitent la chute, comme si leur résilience dépendait de leurs balancements vigoureux. Pas de revendication féministe explicite mais une intelligence, celle de montrer la puissance de rebond de femmes. Dommage que le spectacle s’éparpille quelque peu depuis sa scène initiale, particulièrement glaçante parce que se tenant juste avant ce qui « salit » : dans une pénombre rouge, une jeune femme danse devant sa propre image, film d’une soirée poisseuse où celle-ci, alcoolisée, insouciante et vulnérable, est au bord d’une menace imminente, celle d’un éventuel abus. On aurait aimé une exploration plus profonde de cette blessure en particulier, quitte à assumer le sordide. La grâce de la danse vient parfois diluer la douleur – dès lors moins perceptible. Se dégage de « Salir » un étrange sentiment contradictoire d’inquiétude et d’espoir quant à la condition des femmes.

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