TOUCH DOWN

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Une image, pour maltraiter les pensées et éprouver les corps sur lesquels elles se projettent : celle de trois pom-pom girls dansant alignées au cœur d’un musée dans les couloirs duquel s’exposent les artefacts d’une civilisation dont on peut se demander si cette performance ne serait pas la mise en bière. Parce que oui, comment ne pas douter de notre propre mort, alors que Maud Blandel nous invite à constater ce que l’homme a fait du monde en jetant en pâture à des yeux qui ne savent plus attendre l’image distrayante de jeunes femmes qui s’affichent sur les pelouses de stades devenus bûchers sacrificiels ? C’est en tout cas la question que la chorégraphe nous pose, mais son talent réside ailleurs. En faisant s’entrechoquer la dynamique des gestes avec la lourdeur du temps qu’incarne « Le Sacre du printemps », ce n’est pas la mort d’un passé qu’elle déplore, mais la trajectoire du possible qu’il représente qu’elle nous montre, rejoignant en cela Cornelius Castoriadis, qui parlait du passé comme d’un « indice de possibilité ». Et quoi de plus beau, alors, que d’offrir cette danse au spectateur, comme un tourbillon du devenir dans lequel il pourrait se jeter ?

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