L’aventurière « tatamisée » des lignes pures

Charlotte Perriand. Une architecte française au Japon (1940-1942)
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C’est un épisode spécifique et fondateur dans la vie de Charlotte Perriand que racontent Berberian et son trait immédiatement sympathique : sa découverte et son séjour de deux ans au Japon, entre 1940 et 1942, son coup de foudre pour le bambou, son immédiate entente avec l’esthétique japonaise. L’admiration portée par Berberian pour l’architecte-designeuse – esprit libre, inventif et curieux, frondeuse qui s’émancipe sans scrupule de Le Corbusier, aventurière épousant son désir – est contagieuse. On sent tout le plaisir que celui-ci a pris à la dessiner, la faisant osciller entre légèreté et inébranlable détermination. Le dynamisme enjoué de son trait contraste avec les lignes pures qu’affectionnait l’architecte, en leur apportant un surcroît de douceur, tout comme l’utilisation de l’aquarelle – ses flous et ses imprécisions – s’équilibre à merveille avec le style graphique et anguleux des productions de Perriand. Celle qui aimait faire la fête, en pleines Années Folles, cherche surtout, calmement mais surement, à « faire quelque chose de possible dans ce monde impossible ». Capable d’accueillir le doute sans s’y réduire, recherchant sans cesse les formes justes, Perriand trouve au Japon une partie esthétique. Celle qui veut créer des meubles non « en soi » mais relativement à ce qui les entoure, se montre d’une curiosité insatiable, poreuses aux influences pour les synthétiser ensuite à sa manière. Berberian a la finesse de ne pas appuyer son féminisme avant-gardiste tant celui-ci s’exprime avec évidence et limpidité. Une longue interview avec sa fille (qui fut aussi sa collaboratrice), accompagnée de dessins, permet d’approfondir le portrait de l’architecte.

* »tatamisée » le mot est de l’architecte elle-même

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