« Représenter » la danse par le dessin, restituer sa pulsation intrinsèque est une gageure ; avec pour écueil principal l’effet flip-book : séquencer le mouvement, couper le courant qui l’anime, et finalement figer le geste, rendre la danse immobile. Edmond Baudoin est un trop grand dessinateur pour tomber dans ce piège graphique. Son trait noir, nerveux et brut, si reconnaissable, restitue avec force l’énergie qui plie les muscles, qui se transmet d’un corps à un autre au point de ne former qu’un seul « corps collectif ». Pendant sept ans, il a assisté aux répétitions d’une troupe de danse. Sa fascination et son émotion sont perceptibles. Son seul fil conducteur, dans cet album, est son regard sur les corps, qui imbibent son dessin de leur fugacité. Les croquis, leur aspect parfois inachevé, parfois répétitif, ont tout leur sens ici : le dessin et la danse, exercices de répétition, de perfectionnement incessant, sont fait du même bois, arc-boutés sur le mouvement qu’ils accueillent et transmettent. Un seul trait semble cheminer tout au long des pages, comme si jamais, pinceau ne fut levé, à la manière d’une calligraphie chinoise que le peintre se doit d’exécuter d’un seule souffle. Peut-être fallait-il s’arrêter là, afin d’éviter d’accumuler les représentations les unes sur les autres: le texte est en trop. Descriptifs, lyrico-explicatifs ou métaphoriques, les commentaires viennent s’ajouter aux dessins, alourdissant leur grâce brute. On perçoit et on comprend le désir de Baudoin de préciser, toujours davantage, l’émotion ressentie, mais les tremblements, sinuosités et aplats de dessin le disent déjà bien amplement.

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