Gonzoo Pornodrame

© Christophe Raynaud de Lage

À priori, l’affiche et l’intention suscitaient l’intérêt, une plongée dans l’univers du porno au travers d’une historiette mélancolique d’une employée de l’année, vierge, qui se voyait offrir sa première relation sexuelle avec une bête de sexe.

Tenter de décrypter les origines, les finalités et les conséquences sur la sexualité et le lien à l’autre de l’envahissement de ces images pornographiques généralisées, génératrices de l’excitation contemporaine, constituait un objectif ambitieux mais d’une certaine noblesse. Malheureusement, c’est raté et bien raté. Non seulement la fascination trouble des auteurs du spectacle pour l’excitation virtuelle se ressent en permanence, occultant toute distance critique, non seulement les dialogues et la mise en scène, hachée au point d’en devenir incompréhensible, rendent le propos seulement voyeur, de ce voyeurisme inhérent à la bête humaine habituée à tacher les Kleenex et autres Sopalin.

Mais aussi ce choix étrange de l’usage de l’image vidéo surprésente, écrasant un plateau où se débattent sans air ni respiration des acteurs épinglés dans un sordide de cabine dyonisienne, ce choix ne laissant aucune chance à une prise de distance critique ou au moins réflexive. L’image numérique écrase les visages, exacerbe la laideur des situations mais aussi des peaux, grasses, des corps, vils, des lieux, glauques. Détruit toute connivence ou même proximité avec ces phalènes humains englués dans la tentative de résolution de la culpabilité affirmative de la mise en scène, acteurs courageux tentant vaille que vaille de rétablir un lien avec un public pourtant manifestement acquis à cet essai de comprendre.

Même si voyeur, aussi. En final, on ne comprend rien à la généralisation de cette pratique « culturelle » qui occupe pourtant tant et tant les générations X, Y et Z, perturbant leur arrivée dans le monde adulte où sexe et joie devraient être de nature similaire. La chair est triste quand l’âme ne s’en mêle pas : ni fantasme, ni excitation, ni intérêt, ni beauté, ni tendresse : aucune humanité et encore moins d’élan artistique.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par