Murmuration

Les Plaisirs de la découverte

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La première, « Record of Ancient Things », frappe d’abord par son exubérance et son âpreté. Vingt et un danseurs mobilisés dans une chorégraphie qui semble faire la part belle aux partitions individuelles, une scénographie composée de plastique transparent, une composition électronique rêche et entêtante… L’entrée en matière est brutale mais fait mouche. Car de ce chaos de lumières, de sons et de corps se dégagent rapidement des motifs et des tendances, comme si chacune de ces individualités en scène était fatalement liée aux autres par une règle supérieure. Se créent alors petit à petit une unité et une communion dans le geste qui culmineront dans des rondes ébauchées par un danseur seul dans un contre-jour bouleversant, atteignant directement notre sensibilité.

« Murmuration », alors, s’impose comme une suite presque logique à la proposition du duo Jacobsson-Caley. Car si la pièce de Rachid Ouramdane paraît au premier abord plus évidemment construite (quasi-uniformité des costumes, résonance des couleurs de ceux-ci dans la création lumière, création musicale plus mélodique), on s’aperçoit rapidement que la facilité n’est qu’apparente. Murmuration, en anglais, signifie « murmures », ce terme étrangement poétique qui désigne les nuées évanescentes formées dans le ciel par les oiseaux. Ainsi, comme ces derniers, Rachid Ouramdane jette ses danseurs dans un tourbillon complexe, où l’énergie et les actions de chacun impulsent celles des autres et les laissent en proie à l’urgence et au danger, et propose par là une réflexion envoûtante sur l’intelligence collective.

 

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