Unbreak my heart

Le Garçon incassable
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Entre magie et intimité, « Le Garçon incassable », de Laurent Vacher, est un tour de passe-passe qui fait surgir du burlesque et de la simplicité la force de l’humilité. En adaptant « Le Garçon incassable », le troisième roman de Florence Seyvos, paru en 2013, Laurent Vacher avait la possibilité de donner forme à cette récurrente recherche de l’auteure, qui continue d’explorer et de questionner à travers ses romans son rapport au handicap. « Je ne me suis pas demandé si c’était possible ou comment faire. “Le Garçon incassable” est devenu une nécessité. Dans ce roman il y a un peu mon histoire. » Et Laurent Vacher d’évoquer le souvenir de cet ami, ce « frère » handicapé, dans son enfance, que la lecture du roman de Florence Seyvos a ravivé.

Tout au long de ce « Garçon incassable » sensible, sur un plateau un peu nu, habillé de quelques écrans et de cagettes, se déroule l’histoire de cet enfant, Henri, handicapé, demi-frère de la narratrice, qui, elle, s’échappe sur les traces de Buster Keaton aux États-Unis. Tandis que la jeune femme raconte la vie du comédien qui « ne souriait jamais », celle du jeune Henri se déploie, en épisodes croisés. Un peu chorale, se développant ici et outre-Atlantique en même temps, aujourd’hui et il y a cent ans, l’histoire montrée par Laurent Vacher est si fidèle au récit de Florence Seyvos qu’on y décèle la même sincérité. Il y a dans le regard porté par le metteur en scène sur l’histoire de ces deux enfants atypiques – Henri handicapé et Buster, enfant utilisé par sa famille dans des numéros de cirque – une sensibilité certaine, et une admiration, sans doute. L’admiration d’un corps qui ne casse jamais, d’un être qui ne rompt pas, qui s’obstine. Le « garçon incassable », c’est évidemment Buster Keaton, qui, de son enfance au cœur d’un cirque à sa carrière de comédien cascadeur, incarne l’improbable roseau que devient Henri, l’enfant handicapé, tout autant « garçon incassable » au regard de la dureté de son rapport à la société, aux autres…

La mise en scène est presque poétique, habile – à l’instar de la superposition tout en illusion du film « Steamboat Bill, Jr. » sur un écran mobile avec le jeu des comédiens sur le plateau. Le rythme, un peu bancal dans la première moitié, trouve un équilibre progressivement, permettant une lisibilité du récit plus aisée et autorisant le spectateur à apprécier davantage le jeu, d’une énergie livrée sans retenue, des trois comédiens, Odja Lorca, Martin Selze et surtout le jeune Benoît Dattez, dont le fakirisme apporte un décalage quasi lyrique sur cette histoire de transcendance des violences.

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