le petit théâtre du bout du monde opus II

Du mécanique à l’organique

Par

© Ezequiel Garcia Romeu

Ne nous y trompons pas, ce qu’Ezéquiel Garcia-Romeu imagine est loin d’être un théâtre d’objet au sens usuel du terme. De spectaculaire, il ne reste que des fragments de presque rien et la fiction semble enfin être déléguée à l’imaginaire de chaque spectateur. Des constructions éphémères, des îlots peuplés parfois de personnages étranges nourrissent des potentiels d’histoires, simplement effleurées pour stimuler nos yeux et nos pensées. Rassemblés autour d’une table-colline qui se laisse déshabiller et recouvrir dans un flot précis et continu de formes anthropomorphes ou architecturales, nous déambulons pour s’imprégner par capillarité de cette ambiance crépusculaire où rien ne semble vouer à la permanence. Fugacité et délicatesse. L’opus 2 de ce « Petit Théâtre du Bout du Monde » se compose de trois parties de trente minutes comme une tragédie en trois actes dans laquelle le fatum aura encore une fois raison de tous les efforts humains. La machine omniprésente par ses mécanismes infernaux (mais fascinants) à vue, attaque inlassablement la poésie qui ne cesse pourtant de renaître des gestes légers des manipulateurs, aidée par la musique qui semble l’encourager dans son processus d’abrutissement du monde. Parfois, les hommes tentent de se frayer un chemin pour se risquer à une rencontre – qu’il est périlleux ce chemin, que les voies pour y parvenir sont tortueuses ! –, parfois, de guerre lasse, ils se laissent amadouer par les discours protectionnistes, aussi confortables que dangereux. Les haut-parleurs éructent (on pense bien sûr à ceux tout aussi picturaux de William Kentridge), ce qu’il reste d’hommes se rassemblent pendant que d’autres formes de vie tentent une percée des profondeurs vers la lumière. Donner l’opportunité de voir de façon concomitante l’objet artistique dans sa forme finale et toutes les ficelles, manipulations, dessous de table qui lui permettent d’exister offre une expérience riche de plusieurs épaisseurs que l’on se plaît à ausculter, naviguant avec curiosité entre savoir-faire et magie de la représentation.

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