Sylvia

Mais où est donc Sylvia Plath ?

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En créant l’attente, Fabrice Murgia s’expose à la déception. Mais c’est plutôt le désintérêt qui finalement surgit à l’issue de la représentation, où le bruit permanent ne laisse aucune place à la poésie. C’était une belle idée de porter au plateau les mots/maux de l’auteure américaine Sylvia Plath, méconnue du grand public et pourtant égérie féministe dans les pays anglophones. C’était une belle idée de se confronter aux conditions de l’écriture d’une femme dans les années 1950. Mais la débauche de moyens étouffe l’œil, et le manque de sens frustre le cerveau. Il y en a partout ; le plateau regorge de décors, de caméras, d’instruments de musique, de chants, de gesticulations, de clichés et même de « Sylvia » que le metteur en scène a choisies de démultiplier à l’infini. Les actrices, que l’on sent pourtant capables de belles choses, sont totalement noyées dans cette avalanche d’effets, et l’anecdotique reste, du début à la fin, au premier plan. Étrange sensation d’un spectacle sans propos, illustratif, qui semble justifier à lui seul toutes les critiques sur l’utilisation de la vidéo au théâtre tant il est difficile de trouver un intérêt, esthétique ou dramaturgique, à l’emploi massif de l’image. Aucun décalage ne semble être souhaité ; il est montré ce qui est dit avec en bonus les coulisses d’un tournage, comme si les images premier degré étaient elles-mêmes déshabillées de tout mystère. Tout est donné en version prémâchée, aucune place pour les respirations ou les silences. On pourra aussi s’interroger sur l’archétype de la femme véhiculé – lacrymale et hystérique assurément ; il est alors problématique de s’y attacher et, voilà peut-être le plus triste, de générer l’envie de se plonger dans l’œuvre de Sylvia Plath, qui reste la grande absente de la soirée.

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