Etre ou ne pas être mère

Les enfants c'est moi
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Les Enfants c'est moi © Fabien DEBRABANDERE

© Fabien Debrabandere

À la tête de la compagnie Tourneboulé en binôme avec Gaëlle Moquay, la metteuse en scène et auteure Marie Levavasseur excelle dans l’art de s’adresser au jeune public sur des sujets intemporels et universels tout en ne réduisant jamais la complexité de son propos.

Tandis que dans « Comment moi je ? » elle explorait la thématique identitaire via les questionnements philosophiques qui nous façonnent et nous élèvent, avec « Les enfants c’est moi » c’est à la maternité qu’elle s’en prend avec force drôlerie et férocité, cristallisant une figure de mère moitié clown moitié madone, une sorte de farce à elle toute seule, empêtrée dans son nouveau rôle comme en un costume trop grand dans lequel elle se prendrait les pieds sans arrêt. C’est la comédienne Amélie Roman qui la campe, et son interprétation joyeusement déjantée associée à une posture clownesque réjouissante fait le sel de ce spectacle bouleversant qui ne mâche pas ses mots ni ses situations fortes en sensations. Car si la Vierge Marie lui apparaît et tente de l’aider, cette mère imaginaire finit par se délester de sa progéniture pour retrouver le goût de la liberté et éviter de faire face à ce qui la dépasse. Elle abandonne son petit poussin en pleine forêt pour s’en retourner festoyer comme au bon vieux temps. Celui de l’insouciance, des journées sans horaires et des fêtes sans fin.

Mais revenir en arrière est impossible et la culpabilité et l’inquiétude rongent. Jamais réaliste, flirtant avec les contes, l’imaginaire collectif, les ombres et les terreurs de l’enfance, « Les enfants c’est moi » baigne dans une scénographie hétéroclite, charriant moult objets chinés comme sortis de la malle d’un grenier pour créer un paysage composite où se côtoient deux espaces opposés et poreux, la bulle du foyer et le vaste monde extérieur, la civilisation et le sous-bois sauvage, le présent et les fantômes. De même que les techniques utilisées se démultiplient entre le jeu, le clown et la marionnette, cette esthétique éclatée, faite de bric et de broc, vient compléter la pluridisciplinarité à l’œuvre au plateau. Dans cet univers où la poésie naît de l’artisanat déployé, la part belle revient à la langue croquante et grinçante de cette mère déboussolée, une parole en lien avec le désarroi intime et l’ivresse galvanisante de la maternité, rythmée par la musique de Tim Fromont Placenti, partie prenante du spectacle.

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