Nicolas Henry, ou le grand théâtre du monde

Les cabanes imaginaires
Par

© Nicolas Henry

Des photographies de Nicolas Henry, exposées à la Little Big Galerie de Constance Lequesne, on peut affirmer sans conteste qu’elles sont spéciales et originales. Délirantes, excessives ? Dans tous les cas : baroques.

Du baroque, elles tiennent l’ostentation chatoyante, le foisonnement onirique. Chaque cliché regorge de couleurs, de détails et nous embarque dans un monde loufoque et imaginaire, un vrai conte oriental. A l’instar justement de celui créé par Nicolas Henry, qui retrace en une vingtaine de photographies les aventures et les amours du prince Shaktimaan et de la princesse Shaima, troublés par le méchant pollueur Super Shoppingman. Un récit drôle et cosmique, qui témoigne de l’inventivité fabuleuse du photographe. On ne s’étonnera pas d’apprendre que l’ancien assistant de Yann-Arthus Bertrand a d’abord été scénographe. Ses deux projets édités chez Actes Sud, Les cabanes de nos grands-parents et Cabanes imaginaires autour du monde, sont nés d’un désir de transmission et d’un partage. De l’Inde au lac Titicaca, le photographe parcourt les continents pour construire, avec la participation des autochtones, des installations faites de bric et de broc, où se racontent des histoires ancestrales. Pour Henry, le sens se manifeste dans la parole et la rencontre, seuls possibles de notre être au monde. La cabane devient le théâtre d’un jour, un rêve éphémère et fraternel que fixe le papier photographique avec une netteté incroyable.

Baroques aussi, ces images, car l’illusion, la magie théâtrales les travaillent. Pour Nicolas Henry, la cabane permet « de changer notre regard sur le monde et nos semblables. […] Il suffit […] de décréter qu’elle a rang de palais. » Tout comme la citrouille devient carrosse, quelques morceaux de bois, d’arceaux et de voiles se métamorphosent en bateau ou en fusée. Les moyens de locomotion abondent, à l’exemple de ce bus bricolé avec des enfants, ce jour où le vrai, en panne, n’a pu les conduire à l’école. Devant ces images merveilleuses et nocturnes, on se sent nous-mêmes comme des gamins qui croient à leurs histoires et aux contes – impossible donc de se prendre au sérieux, comme le suggèrent les photos de tournages « Bollywood » : la mise en scène devient abyme et, telle une comédie de Shakespeare, balaie nos vanités princières pour révéler la beauté dérisoire et l’envers du décor.

Si l’on considère donc la vie comme une traversée de l’espace et du temps, un faisceau de rencontres, alors l’œuvre de Nicolas Henry apparaît comme une métaphore joyeuse et magnifique de notre condition – autant s’amuser à regarder et raconter, sur le plus grand terrain de jeu du monde.

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