Voyage au bout de l’enfer

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Dix ans après le formidable « Mission », le comédien Bruno Vanden Broecke retrouve l’historien David Van Reybrouck, auteur notamment d’une étonnante somme sur le Congo. Ce dernier avait écrit « Mission » pour le comédien flamand après l’avoir repéré dans un spectacle ; leur fructueuse collaboration a donné naissance à ce nouveau texte consacré à un épisode douloureux et oublié de l’histoire belge, l’intervention des « paras » en Somalie entre 1992 et 1993. Dans le cadre de l’opération « Restore Hope », les forces onusiennes tentèrent d’enrayer la guerre civile qui secouait le pays et avait provoqué une famine. Les forces belges furent alors chargées de sécuriser la zone autour de la ville de Kismaayo, non loin de la frontière avec le Kenya. Bruno Vanden Broecke se présente seul sur scène, un carton entre les bras. Le ton est donné dès les premières minutes. Il est un ancien « béret rouge » belge et va nous raconter comment les forces armées de l’ONU ont échoué à rétablir la paix en Somalie.

Au travers d’un texte percutant, nous sommes embarqués dans le passé de cet ancien soldat dont l’armure impeccable de militaire à la retraite se craquelle minute après minute. David Van Reybrouck nous entraîne dans ce no man’s land de la pensée où les préjugés et les idées préconçues sont ébranlés. De son côté, le comédien ne nous laisse aucun répit à tel point qu’on ne sait plus si c’est un acteur ou un ancien para névrosé qui s’adresse à nous. Est-ce un héros qui laisse entrevoir une part sombre ou un monstre qui veut se faire passer pour un héros ? Lorsque notre attention se relâche, il vient nous chercher jusque dans le confortable fauteuil de nos certitudes. On regretterait presque qu’un acte scénographique spectaculaire, pour quelques secondes d’étonnement, nous extraie de cette (fausse ?) conférence d’où l’on ressort sinon plus savant, du moins complètement troublé. Bruno Vanden Broecke, qui endosse avec une vérité et une justesse déconcertantes le costume d’un para sans forfanterie et sans peur, comme le proclame le blason des forces spéciales belges, nous renvoie finalement l’image de notre propre (in)humanité.

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