A sa décharge

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sarah vanhee -oblivion©philedeprez3

Dans un geste artistique qui s’oppose délibérément à l’ère actuelle du consommable à outrance, où tout se jette, s’oublie, s’efface sans égard, l’objet comme la pensée, Sarah Vanhee a engagé pendant un an entier l’insolite entreprise de garder ses déchets non périssables et de les archiver avec la précieuse aide de Linda Sepp, sa « gestionnaire de déchets ». Au cours de l’interminable installation-performance « Oblivion », le copieux contenu d’une quarantaine de caisses en carton bourrées de paquets d’emballage, de bouteilles en plastique, de papiers multiples… s’expose sur scène sans complexe. La démarche est intéressante et donne lieu à son terme à un impressionnant tableau visuel aux larges dimensions du plateau investi.

Imperturbablement, presque au bord de l’autisme, l’artiste réalise son grand déballage dans une forme trop invariante pour être incisive. Elle manipule les objets presque trop minutieusement, chichiteusement, du bout des doigts ; un comble pour un spectacle dont le cœur du propos est la crasse, le détritus, la merde de se donner l’air aussi ordonné et propret !

Au cours d’une impossible logorrhée, sa parole devient tout aussi envahissante que l’oppressante matière exposée à l’état brut. La performance prétendument écocitoyenne dérape dans un discours péniblement autocentré, dans lequel Sarah Vanhee relate le processus de création de son œuvre et quelques considérations anodines sur sa vie et sa condition d’artiste. Elle s’étale aussi complaisamment sur la consistance de ses déjections ou délivre des énoncés plus dérangeants, comme l’évocation nostalgique de l’époque bénie où les femmes, fourbues par le labeur, glanaient aux champs, ou encore la revendication d’une forme de relativisme béat qui ne distinguerait pas les choses selon leur valeur mais lui permet d’afficher la conscience tranquille de donner sa chance à tout, y compris à un pot de yaourt, et de s’en émouvoir…

Nous voici mis face à un étrange paradoxe : que garder de cette fable justement obnubilée par la conservation ? Pas grand-chose.

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