Rumeur et petits jours

Agitations du verbe

Par

(c) Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Penser le monde et l’individu dans son environnement, moquer un peu la culture (ou l’absence de) et saupoudrer légèrement de pensée politique très colorée pour relever. Recouvrir l’ensemble d’un nappage conséquent de gags et d’humour jusqu’au débordement. Une grosse gourmandise raffinée, en somme. Un gâteau d’abord délicieux mais qui se révèle rapidement trop dense pour être apprécié.

C’est un peu l’aventure proposée par Raoul collectif, remarqué il y a quatre ans avec « Le Signal du promeneur ». « Rumeur… » regorge de slapsticks, de gags, de bons mots, d’ironie mordante, de parodie clownesque. On y joue excellemment avec le verbe, de jeux de mots en traits d’esprit. On embrasse pleinement un théâtre de plateau où tout explose à mesure que le récit avance. Les comédiens ne se ménagent pas, s’investissent avec une énergie remarquable. Rien à dire, le plateau est maîtrisé ! Pourtant « Rumeur… » lasse par l’étirement du récit et de la situation, l’accumulation et la répétition ad libitum de gags, la posture parfois un peu méprisante que confèrent leurs joutes verbales de classe éduquée à leur pensée (qui s’adresse à la même classe éduquée).

La pensée, justement, qu’insuffle tardivement Raoul collectif à cette histoire d’émission de radio qu’on va supprimer semble arriver comme un argument de légitimité, à un moment où le récit stagnait dans une représentation de tous les comiques possibles (situation, geste, langage, caractère…) : elle reste toutefois assez en surface et convenue alors que le collectif se rue dans une forme qui s’affiche bousculante et provocatrice. On aurait davantage apprécié une écriture plus resserrée, une dramaturgie plus affinée et une réflexion sur l’économie et la politique plus investie.

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