Contre quoi ?

Les Contre-archives
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Le programme de salle du Laboratoire de la contre-performance (collectif d’artistes) égrène les « contre » en une litanie un peu factice : contre-archive, contre-démonstration, geste contre-performatif. Le lecteur se demande alors s’il va faire face à un geste poseur se laissant griser par un sens facile de la formule ou, au contraire, à un véritable acte réflexif, conscient et radical. Rien de tout ça en réalité à la vue de ces trois conférencières mutiques qui nous présentent, dans un univers conformiste aux couleurs infantilisantes, photographies, objets et voix de certaines performances emblématiques (Yoko Ono, Ana Mendieta, Marina Abramovic, Gina Pane, Carolee Schneemann). C’est sur cette disjonction entre la radicalité de ce qui est présenté et les modalités aseptisées de la présentation que le spectacle repose. Idée intéressante mais dont on pressent qu’elle demeure inaboutie en ne parvenant pas à atteindre le niveau de réflexion auquel elle prétend. Car il y a en effet matière à réfléchir sur le destin de la performance, qui est aussi celui de sa routinisation, de son institutionnalisation et de sa muséification.

Mais que peut être un acte de réflexivité artistique ? Pour échapper à la simple conférence académique, celui-ci peut emprunter deux voies qui ne sont pas inconciliables : l’humour et le lyrisme. Cette présentation de « contre-archives », elle, relève davantage de la blague, mais d’une forme trop gentille de mise en dérision pour véritablement faire rire. Quant au lyrisme, il eût fallu pousser plus avant la veine fictionnelle voire science-fictionnelle qui affleure, en assumant plus radicalement un dispositif qui ferait de la performance un geste archaïque appartenant définitivement au passé, devant lequel nous entretiendrions le même rapport qu’à une toile de Giotto : une chose qui se serait entièrement détachée de notre vie et que nous n’admirerions plus que pour ses qualités plastiques. Alors, en nous remémorant la distance instaurée, le dispositif aurait éveillé ce sentiment de la perte qui est déjà une forme de jouissance de la vie.

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