Par-delà le jeu de massacre

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©Pauline_Le_Goff

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Sur le couple, les artistes jettent bien souvent le cynisme de leur regard, faisant ainsi de leurs oeuvres un jeu de massacre savamment orchestré. Les exemples d’une telle approche sont innombrables, comme ce récent film au titre significatif – « L’Économie du couple » – auscultation positiviste d’un réalisateur-entomologiste. À cette tendance, le théâtre n’échappe pas, comme en témoigne cette adaptation pas si lointaine des « Scènes de la vie conjugale » par le Tg Stan : œuvre virtuose mais sans ampleur, dans laquelle les spectateurs, par leur rire, se retrouvent les complaisants et involontaires complices d’artistes-démiurges. C’est ce que l’on pouvait redouter de cette adaptation de Lars Norén, puisqu’on y voit un couple qui aime à se faire mal et pour lequel la frontière entre l’amour et la haine n’est plus bien claire. C’est aussi un couple cruel envers les autres, cannibale aussi, qui vampirise et instrumentalise son entourage pour satisfaire sa pulsion de cruauté. Or, cet entourage, c’est précisément le public qui l’incarne. C’est par là que se justifient les nombreuses adresses faites à la salle ; procédé éculé qui trouve pourtant ici une véritable justification dramaturgique. Mais au-delà de cette intelligence de mise en scène, Lorraine de Sagazan parvient surtout à s’émanciper de la trop conventionnelle critique misanthropique, notamment grâce à un Antonin Meyer Esquerré dont la voix douce et taquine semble constamment contredire la violence perverse et narcissique du propos. Cette disjonction entre la phonè et le logos – entre la voix et le discours qu’elle porte – instille alors un lyrisme qui affleure à même le rire.

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