Recréation

Apprentissages
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C’est une histoire de fil, de textures, de langages – autant dire de tissus. Avec ses jeux magiques de pelotes et de couleurs, l’exposition « Apprentissages » renoue avec le langage le plus ancien – le fil à la croisée des chemins, entre nature et culture. Car qu’apprend-on, dans cet appren-tissage ? Pas seulement l’art du tissage, qui se déroule sous toutes ses coutures, du fil à la balle, de la balle aux tissus, dans la bien nommée cour des Marchands-Drapiers. Mais aussi que le fil est une langue végétale : qui répond, qui dialogue, qui épouse les contours savants et harmonieux de nos jardins à la française, avec leurs buis « taillés en broderie » par la main souveraine de l’idéal classique. Sheila Hicks, qui a étudié, outre l’art du textile précolombien, l’architecture et l’effet optique de la couleur auprès de Josef Albers à Yale, souligne l’éclat des jardins de Carnavalet : les parfums, les couleurs, les formes se répondent et, dans la cour de la Victoire, cette cascade dorée qui s’échevelle en frôlant les lauriers de pierre tressés rehausse le vert éclatant de la vigne vierge. Mais que dit-il, ce langage végétal ? Ces moutonnements, ces trames qui ondoient ou qui cassent ? Au-delà du désir de maîtrise humain, peut-être la fragilité de toute trace. C’est sans doute cela, la grande réussite de l’installation : celle de nous faire sentir, toucher du doigt l’éphémère de toute création – jardin ou toile qui crève – et l’éternité du vivant, de ces rêves de beauté qui poussent l’homme à sculpter la matière. Avec sa langue végétale, Hicks recrée cet équilibre magnifique, entre durée et éphémère.

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