Strindberg au Brésil

Julia
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La simplicité et la force dramaturgiques de « Mademoiselle Julie » de Strindberg, entremêlant le social et l’intime,  en font un matériau inépuisable pour la scène. Christiane Jatahy, immergée comme dans tous ses projets dans un dispositif cinématographique, utilise la vidéo avec sophistication et justesse.

La metteuse en scène brésilienne a choisi de transposer dans le Brésil d’aujourd’hui le jeu d’oppositions qui traverse la pièce du Suédois : sociale, sexuelle, et ici raciale. Ces lignes de force, on les retrouve traitées sans jamais tomber dans le travers d’une démonstration excessive. C’est que même les scènes les plus crûment réalistes sont construites avec subtilité. Ainsi la scène de sexe est-elle à la fois cachée derrière les décors et filmée en gros plan. Car ce « Julia » est entièrement livré à l’énergie des deux comédiens (Julia Bernat et Rodrigo dos Santos), aussi remarquables l’un que l’autre : Rodrigo, présence calme et envoûtante, qui campe un Jean/Jelson emprisonné entre passion asservissante et tentatives de renversement des rapports de domination ; et Julia (curieuse homonymie !), époustouflante nymphette tragique dont on scrute le corps et le cœur au gré de ses déplacements suivis par la caméra à l’épaule de Paulo Camacho.

Là où d’autres mises en scène avaient mis l’accent sur la réécriture du texte ou la dramaturgie (ainsi le récent et un peu lourdingue quoique puissant « Mies Julie » de Yael Farber), la force de Jatahy est de construire un objet scénique à mi-chemin avec une performance. A chaque instant, tout pourrait basculer dans le post-théâtral convenu ou kitsch. Mais ce n’est jamais le cas. La grande maîtrise formelle du projet et l’excellente direction d’acteurs convient le spectateur, par la modernisation de la représentation de ces amours ancillaires, à un grand moment d’émotion et de théâtre.

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