Slug's Garden/Cultivo de babosas

Ceci n’est pas une pipe

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Mardi 9 mai, 20 heures : sortie de la Bellone. Partagé entre l’envie de hurler et le sentiment de n’en avoir rien à faire (« Tiens, si je me faisais une fricadelle ? »), j’avance avec la certitude d’avoir atteint grâce à cette performance le point Godwin du bullshit. Ce n’est pas très grave, sauf que je suis journaliste et que je dois en rendre compte. Alors je m’assieds sur le canapé de ce superbe loft loué à grands frais à un ami bruxellois (plus d’infos en MP) et je jette un œil au documentaire de TF1 sur Macron Superstar (très mauvais aussi, d’ailleurs), quand face à l’incapacité d’avancer je me lance dans la lecture du programme de salle. Neuf pages en français (dommage que ça ne soit pas signé, l’auteur mérite un Pulitzer). « “Slugs’ Garden” est un espace immersif de contemplation tactile. » Bon, jusqu’ici on est OK : deux salles, deux ambiances, des boudins de sable et une tente sous laquelle se trémoussent des performers devenus limaces. C’est raccord. Et puis voilà que ça dérape : « “Slugs’ Garden” suggère un état contemplatif dans lequel l’expérience du temps échappe à son efficacité chronologique, quantitative et mesurable pour se rapprocher du temps en tant que durée, une conceptualisation occidentale du temps qui fait écho, mutatis mutandis, à la conception andine du temps. » Et là c’est non. C’est non parce que s’il faut soutenir l’expérimentation à tout prix, il ne faut pas tout confondre. Ce qui vous est proposé ici n’est rien d’autre qu’un atelier baba cool fort sympathique d’initiation à la relaxation et au corps, et ne peut être abordé tel un geste réflexif qui pourrait s’apparenter d’une manière ou d’une autre à une proposition artistique. Seul intérêt alors : nous prouver que nous sommes aujourd’hui à un instant de l’histoire où faute de renouvellement les programmateurs comme chacun de nous sont perdus. À la recherche du prochain geste, nous voulons croire en la possibilité du sens de tous les mots et de toutes les formes pour avoir le sentiment de vivre un instant aussi fort que ces jours où les actionnistes viennois se mutilaient en public dans les sous-sols autrichiens. Mais ce n’est pas le cas. Ceci n’est pas un spectacle (une pipe, à la rigueur).

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