Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle

Danse et conférence avec Vera Mantero

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Tout commence par une commande autour de la désertification et la déshumanisation de la Serra do Caldeirao dans l’Algarve, au Portugal. Partant en exploration dans cette région, Vera Mantero tombe sur des recueils filmiques réalisés dans les années 1970 et 80 par Michel Giacometti, un ethnologue féru du folklore portugais.

Sous la forme d’une conférence, la chorégraphe en projette quelques extraits, butine ci et là et mêle les résultats de son enquête : des textes de Prévert ou d’Artaud sont ainsi rapprochés de chants a capella traditionnels, des vidéos en noir et blanc de paysans au travail d’images tournées lors de son voyage. Cette « anthropologie » relève de la fiction, car l’artiste ne craint pas les frictions entre des éléments hétérogènes, alliant le vrai au faux, se moquant des cohérences géographiques ou temporelles.  À la fin, elle dévoilera, avec une forme d’honnêteté intellectuelle ludique, les libertés qu’elle a prise à partir des matériaux originels.

Le propos se dessine clairement tout au long de la performance : à partir du mode vie des populations rurales et ancestrales de la Serra, qui ne dissociaient pas le travail de l’esthétique, le quotidien du sacré, elle appelle de ses vœux à briser notre tendance occidentale aux dichotomies, au grand partage rationaliste. Cette volonté de dépasser le clivage moderne entre nature et culture est louable et dans l’air du temps, et elle l’incarne dans une sorte « danse » avec un arbre, ou plutôt une série de postures, de tableaux, avec un tronc évidé, seul objet présent sur scène, en sus de l’écran de projection et du pupitre.

Le spectacle se dénoue alors en deux temps : d’abord avec la « mort » de la femme, écrasée symboliquement sous le tronc et accompagnée par l’extrait filmique de deux serrenhos chantant l’oraison funèbre, puis un exercice pratique, pour mettre en application ce qu’elle soutient dans son spectacle. Puisqu’elle a montré un extrait où des femmes accompagnaient les travailleurs des champs en chantant, elle souhaite de la même manière que le public répète une mélodie pour accompagner sa danse conclusive. Les spectateurs, timidement, s’exécutent, tandis que la conférencière se fait danseuse : la musique ancestrale portugaise est alors réinvestie par les mouvements contemporains, formant une articulation surprenante mais féconde.

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