Où sont les Ogres ?

En chair et en ogres

Par

© Christophe Raynaud de Lage

Profondément original, le conte de Pierre-Yves Chapalain baigne dans « les eaux dormantes » du rêve. C’est un matériau sensible à l’opposé des dispositifs clé en main que la scène contemporaine nous sert, hélas !, trop souvent. On imagine qu’un monde féérique va s’ouvrir à nous, et pourtant la pièce commence par une longue séquence résolument naturaliste. Comme dans un film de David Lynch, on bascule sans transition dans une autre dimension. De la cuisine d’une ménagère aux couleurs d’un cirque un peu glauque et lépreux, de l’intérieur d’un frigo high tech où pendent des quartiers de viande à une forêt obscure dessinée par les pinceaux de lumière d’Eric Soyer, l’agencement improbable et inattendu des scènes nous plonge dans un univers inquiétant. Les personnages sont étranges et drolatiques : une ado à lunettes dont « le ventre fait un bruit de lavabo », un clown congelé en train de décongeler, un ogre traînant ses sacs lourds de bidoche sanguinolente… Le spectacle, très écrit, renvoyant aux mythes ancestraux et à nos peurs profondes, ne s’offre pas facilement. Il s’impose pourtant avec la force évidente des incohérences du rêve.

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