Petit théâtre de geste

Raccommoder nos rêves de grandeur

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Elsa De Witte et Laurent Cabrol nous accueillent dans leur chapiteau de poche comme s’ils nous ouvraient leur lieu de vie quotidienne pour le temps de la représentation. Rien n’est tout à fait théâtral, pourtant tout nous est adressé, comme un secret partagé plus qu’un spectacle. Ce qu’ils ont à transmettre, ce sont les vestiges d’un imaginaire de cirque balayé par la société de l’entertainment. Comme on ferait voler la poussière pour la voir danser dans la lumière, les deux artistes mettent au jour, sous forme de numéros désopilants ou teintés de mélancolie, ce qui fonde la grâce et la magie des arts de la piste : la gageure de l’impossible. Ici, faire revivre une émotion pure et naïve sous cette petite toile de tente, quand tout à l’extérieur est cynique. Pour cela ils tiennent chacun leur rôle : elle bricole et assemble des mécanismes qui deviennent personnages ; lui fait de son corps une arène où se questionne notre soif de spectaculaire. Se coiffer d’une multitude de chapeaux. Donner l’illusion que le mouvement d’une balle est immuable et indépendant de soi. Rafistoler ce qui tombe en lambeaux. Donner corps à la précarité de l’équilibre à l’aide du métal, jusqu’à la musique qu’il produit. Nous amener à être plus émus par la réinvention d’un tango ou d’un orchestre par des marionnettes que par le même geste effectué par des hommes. Ne plus maîtriser ce qui sort de soi ou encore avaler, avaler ce qu’un costume-cravate sans tête nous dicte d’avaler jusqu’à dire enfin « stop ». Ce beau et délicat spectacle nous incite à ralentir la course, à baisser la barre, oublier nos ambitions de croissance et raccommoder nos rêves. La seule manière belle, simple et populaire de s’élever, c’est la poésie.

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