May he rise and smell the fragrance

Et in Arabia ego

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L’espace est noir et dépouillé comme si le tombeau était déjà là. Assis, immobile, éclairé par une trouée lumineuse à la pâleur funèbre, le corps sans vie d’un homme. Sa tête est renversée en arrière, sa gorge exhibée – cette gorge offerte des morts que l’on transporte et dont les yeux éteints regardent le ciel. Et à ses côtés, non pas une figure mariale, mais un étrange bourreau. Un musicien dont les mouvements d’archet, comme une scie à hauteur de cou, symbolisent un geste de décollation. L’image est saisissante. Quelque chose comme une décapitation du Caravage. Où le mort chante. Non par la bouche, mais par la gorge profanée, c’est le son du buzuq et des percussions. Et si la bouche du mort, elle, ne peut plus rien dire, c’est que la parole ne peut venir que des vivants. Ici, celle de Hala Omran, dans le rôle de la mère du défunt. La parole chantée de la mère est chant des vivants adressé aux morts, tandis que le chant sans parole des instruments est voix des morts adressée aux vivants. Alors pourquoi, malgré ces fulgurances, ce sentiment de déception par rapport aux deux précédents volets de ce triptyque sur les rites de deuil ? Tentative de mue vers une plus grande abstraction : épure monochrome de la scène et déconstruction dramaturgique (ou son absence). Tâtonner un nouveau langage pour donner forme aux mêmes obsessions – les âmes, les larmes, les limbes –, comme si on assistait à l’épuisement d’une recherche qui planterait déjà les prémices de sa propre résurrection.

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