Debout sur le zinc chante Vian

Je voudrais pas crever avant d’avoir dit Vian

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« Debout sur le zinc », l’un des groupes les plus grisants de la scène française, se met au service de la poésie et de la musique de Boris Vian dans un concert aussi touchant qu’euphorique. Toute en chemise blanche, pantalon et gilet noir, la formation convoque l’imaginaire d’une cave de Saint-Germain des Prés jonchée de tapis poussiéreux, éclairées par des lampes aux abats-jours jaunis par le temps. Le plaisir est à la fois nostalgique, reconnaître le répertoire et sentir les mots du poète sortir de nous sans commande de notre cerveau ; mais il est aussi dans la découverte de la réorchestration. Entendre la musique de Boris Vian avec le « son » de Debout sur le zinc, cet entremêlement d’influences rock, tziganes, yiddish ou orientales, qui fait son originalité et sa puissance, entendre cette rencontre est un expérience renversante. Frisson du violon, de la clarinette, du banjo et de la guitare électrique qui semblent tous se rejoindre pour porter la trompette en triomphe. On entend en off la voix d’Oldelaf lisant des bribes de textes ou d’interviews et ce montage articulé avec les chansons dresse un vrai portrait de l’artiste. Nikola Carton le metteur en scène a su dirigé cette bande de joyeux hommes debout, en mettant en valeur la présence de chacun, que ce soit le charisme incontestable de Simon Mimoun ou la gracieuse nonchalance de Romain Sassigneux. On sent bien que ce tour de chant est un hommage aux racines, une manière de reprendre son souffle auprès de la figure d’un ancêtre bienveillant dont on sait au fond de soit qu’on descend sans en connaître la lignée. Reprendre des forces ensemble donc, au théâtre, pour rester debout et ne pas crever avant d’avoir…

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