Eugénie Grandet, ou l'argent domine les lois, la politique et les moeurs

Jeu collectif contre l’individualisme

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Adapté du roman de Balzac, c’est un chœur de jeunes actrices et acteurs qui raconte l’histoire de cette jeune fille au prise avec l’avarice de son père. Les décors et costumes sont anciens pour convoquer un imaginaire visuel du 19ème siècle, mais on s’amuse à remarquer, par-ci par-là, un élément du quotidien ou décalé, une chanson contemporaine, comme pour désamorcer la question du réalisme, forcément diffracté par le temps, et rappeler que c’est un théâtre d’aujourd’hui. Une œuvre du passé est une étoile morte dont la lumière nous parvient toujours. Ce qui importe, c’est de savoir ce que l’on fait de cette lumière lointaine. Ici Camille de la Guillonnière s’en sert pour dénoncer ce qu’il y a de plus resserré, fermé, retenu en nous tout en mettant en valeur une troupe éminemment ouverte et généreuse. La parole est répartie équitablement (au contraire des richesses). Elle est dite ensemble ou de façon singulière, d’ailleurs chaque interprète a son moment de bravoure, porté par les autres. Ici pas d’image choc, ou de contre rythme gratuit. Le metteur en scène s’efface modestement pour laisser place à une maîtrise parfaite de la transmission des mots et du sens. C’est un théâtre de texte et d’acteurs, délicat et engagé, qui travaille en nous à chaque phrase pour lutter contre l’individualisme.

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