Portrait Bourdieu

© Tristan Jeanne-Valès

Guillermo Pisani dresse le portrait du célèbre sociologue qui a passé sa vie à mettre en lumière les mécanismes de domination. Lui-même sociologue, l’auteur metteur en scène réinvente la mise en abyme que fit Bourdieu en analysant l’audience lors de son premier cours au Collège de France : ici c’est la fiction elle-même et la comédienne Caroline Arrouas qui passe à la moulinette du déterminisme social. Elle raconte son apprentissage, illustre des concepts en s’adressant au public tout en faisant le récit incarné d’une professeur qui, voyant la vie d’un de ces élèves toute tracée sur son mauvais bulletin, décide d’enrayer la machine. Dans cette tourbillon du destin, la pensée de Bourdieu apparaît comme un canot de sauvetage pour ramer à contre-courant. Les séquences s’enchaînent, s’éclairant les unes les autres, la théorie épousant la pratique. Nous questionnons notre identité et notre libre arbitre à l’aune de notre profession ou de celle de nos parents. Tout apparaît soudain évident, comme dans une boule de cristal qu’on rêverait de briser au sol pour retrouver notre foi naïve en l’égalité des chances. Quelle joie aussi de réentendre que la valeur d’une œuvre dépend non du talent de l’auteur mais de la croyance de ceux qui la reçoivent en cette valeur (beaucoup devraient méditer cette phrase à Avignon). Mais il ne suffit pas de nommer le fantôme pour qu’il disparaisse. Quand on dévoile les ressorts de la reproduction sociale, qu’on veut la défier pour aller vers plus de justice, la société contre-attaque, elle se défend, elle mord, et la jeune professeur en fait les frais. C’est pourquoi la sociologie est et restera toujours un sport de combat. On se rassure en se disant que dans cette lutte, le théâtre peut s’avérer être une prise redoutable.

  • 15
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par