Beytna (chez soi)

© Ibrahim Dirani

Sur le plateau la barre d’un long plan de travail qui plie la scène en deux. Il y a deux sols. Celui des danseurs qui suivent le luth et le soleil, et dont les ondulations, techniques ou récréatives, mais toujours « à l’écoute », s’emmêlent aux enchaînements des autres. Le corps qui danse n’est plus le mode aberrant ou dopé du geste mais le corps naturel, qui s’est désisté, sans office et sans fonction, purement inutile et purement bizarre. Les danseurs sont dans ce beau lieu de l’enfance où le corps est tout, le filtre par quoi tout passe et s’offre, l’horizon et le pays, où l’on se donne et où l’on accueille l’autre.

Et le sol de la cuisine : les convives suivent ce cours continu de la conversation si caractéristique de ces rencontres entre étrangers qui ont tant à se dire sur ce qui fait leur monde. Il n’y a pas plus simple que cet élan vers l’autre au-dessus d’une table, la magie de cette parole qui va de soi. Comme si la nourriture partagée rendait à la fraternité et la solidarité la réalité du pain et du vin, dans cet exercice quotidien et rituel de l’hospitalité de la table, de l’amitié, plus puissante que les valeurs rendues insaisissables d’une République dépossédée de ses évidences et ses miracles. Là, « le corps est un pays », et la seule terre d’accueil.

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