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Avec « aSH », Aurélien Bory clôt sa trilogie des figures féminines (dont le volet précédent était l’envoûtant « Plexus » avec Kaori Ito), avec l’inventivité et la grâce plastique dont il a tellement souvent su faire la démonstration. Réduite à une épure noire, bientôt cendrée par la danseuse mythique et unique interprète Shantala Shivalingappa, la scène se mute en un ingénieux dispositif faits de courants d’air, de vibrations et de chocs sonores, accentués par les lancinants drones percussifs de Loïc Schild. Un solo aux allures de rituel sacré, fondé sur les principes chorégraphiques du kuchipudi – danse indienne traditionnelle qui trouve ses origines au 15e siècle –, et dont le spectateur non initié, incapable d’en comprendre l’étendue des codes, y trouvera tout de même la fascinante beauté mystique de ses mouvements : successions de séquences fluides, hachées par des poses sculpturales inspirées par la symbolique védique. S’il est difficile d’être insensible à la poésie formelle de cette méditation sur la mort, on sera tout de même resté sceptique sur sa capacité à dépasser sa nature d’objet scénique aussi folklorique qu’esthétisant et en faire éprouver la véritable nature mystique. C’est que la proposition d’Aurélien Bory, aussi belle soit-elle, souffre du manque de place laissé au spectateur pour l’investir et la com-prendre. Si bien qu’on s’interroge, à l’issue de la représentation, ce qu’il en restera au-delà des traces évanescentes d’une cendre éparpillée dans le vent du septentrion.

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